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marchandise

nf (mar-chan-di-z')
  • 1Ce qui est meuble et objet de commerce. Marchandise étrangère. Marchandise de traite, de pacotille. Un pays qui envoie toujours moins de marchandises ou de denrées qu'il n'en reçoit, se met lui-même en équilibre en s'appauvrissant : il recevra toujours moins, jusqu'à ce que dans une pauvreté extrême il ne reçoive plus rien. [Montesquieu, L'esprit des lois]

    Fig. J'ai des obligations infinies à notre cher d'Hacqueville ; il me donne tout le temps qu'il peut ; c'est une marchandise qui est chère chez lui ; car il n'en a pas à demi [pour ses amis]. [Sévigné, 23 nov. 1673]

    Marchandises de contre-bande, celles qu'en fraude on fait entrer dans un pays ou sortir d'un pays.

    Faire valoir sa marchandise, en faire remarquer les qualités.

    Fig. Faire valoir sa marchandise, faire valoir ce qu'on a de bon, faire valoir son mérite, louer ce qu'on possède. Si nous trouvions quelque chose de bon pour votre enfant, nous ne manquerions pas de faire valoir notre marchandise. [Sévigné, 527] Je ne vous écris point, le voulant tous les jours, et vous aimant plus que vous ne m'aimez ; quelle sottise de faire si mal valoir sa marchandise ! car c'en est une très bonne que l'amitié. [Sévigné, à Bussy, 29 mai 1679]

    On dit dans le même sens déployer, étaler sa marchandise. Il ne m'a pas paru que Mme de Schomberg ait encore pris ma place [auprès de Mme de la Fayette] ; il y a bien des paroles dans cette nouvelle amitié ; ne vous souvient-il point de ce que nous disions du plaisir que l'on prenait à étaler la marchandise avec les nouvelles connaissances ? [Sévigné, 30 oct. 1680] Il a fallu montrer notre noblesse en Bretagne, et ceux qui en ont le plus ont pris plaisir à se servir de cette occasion pour étaler leur marchandise. [Sévigné, à Bussy, 4 déc. 1668] Quand il s'agit d'examiner l'enfant, on lui fait déployer sa marchandise. [Rousseau, Émile, ou De l'éducation]

    Ne pas farder sa marchandise, montrer les choses telles qu'elles sont. Vous ne fardez point votre marchandise ; vous êtes honnête homme ; si je suis reine, je veux vous faire mon premier médecin. [Voltaire, Dictionnaire philosophique]

    Bien débiter sa marchandise, faire valoir ce qu'on dit par la manière dont on le dit.

    Marchandise mêlée, marchandises qui ne sont pas toutes de même qualité.

    Fig. et familièrement. C'est marchandise mêlée, se dit d'une compagnie composée de personnes, de gens de toute espèce. Ne vous y fiez pas trop, ces gens-là sont marchandise mêlée. Je commençai à parcourir des yeux la compagnie, qui me parut de la marchandise bien mêlée. LESAGE, Est. Gonz. ch. 32.

    Le pavillon couvre la marchandise, c'est-à-dire quelle que soit la marchandise à bord d'un navire, le pavillon qu'il porte l'empêche d'être visité par des vaisseaux de guerre étrangers.

    Moitié guerre, moitié marchandise, se dit d'un vaisseau chargé de marchandises et armé de manière à pouvoir se défendre. Vaisseau équipé moitié guerre, moitié marchandise.

    Fig. Moitié guerre, moitié marchandise, c'est-à-dire d'une manière équivoque et douteuse. Il a fait sa fortune moitié guerre, moitié marchandise.

    Moitié guerre, moitié marchandise, signifie aussi moitié de gré, moitié de force. Il l'a obligé à lui vendre sa maison, moitié guerre, moitié marchandise.

    En guerre et en marchandise, se disait pour signifier dans toutes les circonstances, sous toutes les conditions. Nous parlâmes [avec Revel] de M. le chevalier ; il me parut bien dégelé sur l'estime parfaite qu'il a de lui ; il se vante de l'avoir vu en guerre et en marchandise. [Sévigné, 26 oct. 1689]

  • 2Marchandises en forêts, les bois façonnés en stères, en bois d'oeuvre et charpente.
  • 3 Fig. Marchandise se dit quelquefois des personnes. Vous êtes bien heureuse, ma chère nièce, d'avoir fait une si bonne rencontre [un gouverneur pour son fils] ; c'est une marchandise qu'on ne trouve pas bien aisément. [Sévigné, à Mme de Dalet, 31 oct. 1692] Il ne faut amener aucun page ; c'est une marchandise de province qui n'est point bonne ici. [Sévigné, 26 janv. 1674] Quelque aguerri que vous deviez être à voir cette robe, puisque vous en nourrissez un [un jésuite] depuis dix ans, je ferais scrupule de vous surcharger de pareille marchandise. [D'alembert, Lett. à Voltaire, 11 mars 1766]
  • 4Trafic, action de faire du commerce.

    Aller en marchandise, voyager pour affaires de commerce. Sire Guillaume, allant en marchandise.... [La Fontaine, Fais.]

    Fig. Aller en marchandise, chercher quelque bon coup à faire.

    Fig. Faire métier et marchandise d'une chose, la faire habituellement. Qu'un honnête homme une fois en sa vie Fasse un sonnet, une ode, une élégie, Je le crois bien ; Mais que l'on ait la tête bien rassise, Quand on en fait métier et marchandise, Je n'en crois rien. [L'abbé Régnier, dans RICHELET]

    Il signifie aussi faire habituellement quelque chose dans des vues intéressées, en faire une espèce de trafic. Ces gens, qui par une âme à l'intérêt soumise Font de dévotion métier et marchandise. [Molière, Tartuffe, ou l'imposteur]

  • 5Autrefois, la marchandise, la profession de marchand. Je ne m'échauffe point dans un barreau ; je ne risque rien dans la marchandise ; je n'assiége pas la porte des grands. [Bossuet, III, Vêture, 3] Ses similitudes [de Jésus-Christ] sont tirées des choses communes, de l'agriculture, de la pêche, du trafic, de la marchandise. [Bossuet, III, Concupisc. 30]

    Le corps des marchands.

    PROVERBE

    Marchandise qui plaît est à demi vendue.
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